crédit : Sacha Lehrfreund

BIOGRAPHIE

Power trio made in London, dès le virage des années 80, The Opposition parvient à gagner le cœur des Français, à l’instar des Simple Minds par exemple, ou plus tard de Depeche Mode, tournant inlassablement et s’inscrivant durablement dans l’Histoire du rock hexagonal, avant d’émerger dans son propre pays. 24 années après la sortie de son dernier album « War Begins At Home », le groupe anglais se reforme avec un tout nouveau disque « Somewhere in Between » et voit re-mastérisé et réédité les six albums – plus un live inédit- constituant sa brillante discographie en clair-obscur. Saluons enfin ce retour des années de The Opposition !

Jeune journaliste au mensuel BEST, une nuit de novembre 1981, j’assiste absolument bluffé à l’envol d’un trio anglais inconnu : Opposition. Une heure du matin, dans le club de la place de la République… le choc rock frontal ; j’écrivais alors dans le numéro 161 du fameux mag rock daté de décembre :
« Leur musique vole doucement comme un cerf-volant échappé au-dessus des nuages. La voix de Mark Long traverse un espace diaphane, qui rappelle un peu celui de Cure. C’est lui qui écrit tous les textes, tandis que la musique est le fruit juste un peu acide qu’il partage avec Marcus Bell à la basse et aux claviers sans oublier Ralph Hall, le batteur (…) Opposition, jongle avec les sentiments et les contrastes, la guitare de Mark est un animal sauvage qui lance des appels déchirants, lui chante les yeux fermés comme s’il parvenait à s’auto-envoûter. Ses chansons nous emmènent dans les champs de riz, là où sévit la guerre, là où les jeunes garçons s’abîment face contre terre. C’est aussi harmonieux qu’envoûtant, comme ces cartes postales en noir et blanc qu’ils projettent dans notre tête. Opposition a la pureté d’un paysage de haute montagne, sous les rafales de neige, un paysage essentiellement pur. Le LP est sorti sur un petit label indépendant et il a été gravé à Paris. Moi, je n’arrête pas de l’écouter. Si vous avez raté la tournée du groupe, au moins, ne ratez pas son décollage discographique avec « Breaking the Silence », vous n’aurez pas tout perdu. »
Des années punk agitées, ils ont en conservé ce sens inné de la révolte. Opposition et assume son choix patronymique, refusant les contrats que les majors agitent sous son nez. Au nom de l’autogestion, les musiciens montent leur propre label, Double Vision et, avec la complicité d’un jeune chien fou de la production, Kenny Jones, finance l’enregistrement d’un album d’une totale intensité sombre, rare et tenace, qui sort en distribution chez… AZ disques, en France. Et c’est ainsi qu’Opposition déchire notre silence hexagonal de son « Breaking The Silence », puis, dans la foulée, par une tournée marathon à l’itinéraire digne du cirque Pinder. Du Gibus à Paris aux Trans Musicales de Rennes, en passant par des dizaines de villes et de village, avec leur rock envoutant, le groupe se taille une légende franco-française, comme avant eux les Dolls, le Velvet, Depeche Mode ou les Stray Cats. Mais, nul n’étant prophète en son pays, en Angleterre on boude à mort ces Anglais transfuges. Peu importe la couleur du passeport: lorsqu’on choisit délibérément l’exil,  ce sont les liens qui comptent. Un an après, et toujours mondialement sur AZ, sort « Intimacy », enregistré aux studios Matrix de Londres, tandis qu’en France, les tournées drainent de plus en plus de fans séduits par leur cocktail inédit de reggae/new wave à la croisée des chemins de Police, de Cure et de Simple Minds. Dans le numéro 172 de BEST daté de novembre 1982, j’écrivais : « Mark Long, Marcus Bell et Ralph Hall, malgré leurs patronymes britanniques, ont formé Opposition, un groupe de rock français. Français ? Pourquoi pas ! Opposition tourne sur l’hexagone depuis plus de dix-huit mois, écumant nos provinces de leur rock étrange et passionné. Leur premier album, « Breaking the Silence », étant édité sur « Disques AZ », chez eux en Angleterre il n’est donc paradoxalement disponible qu’en « import ». Le trio s’est installé, en France, non par dépit, mais par volonté: le refus de transiger pour développer un rock climatique, où se mêlent la hargne, la tendresse et la contemplation: un cocktail à la Cure ou au Floyd des premiers temps. Le nouvel LP, « Intimacy », s’inspire d’une nouvelle de Jean-Paul Sartre, un classique pour « A Level », mais surtout un auteur français dont le style reflète cette observation de l’intérieur qui obsède tant Mark Long.
« Intimacy» est un disque· marginal autoproduit par le groupe et réalisé par Kenny Jones, un jeune ingénieur du son associé aux Teardrop Explodes. Pour 3000 £ et quatre semaines de studio, le prix d’un single, Kenny a produit un album où la spontanéité remplace le savoir-faire. Mais les A&R British, dans leurs bureaux design et air conditionné, détestent qu’on leur force la main: « Quand un mec de maison de disques découvre une maquette», explique Marcus Bell, « il adore penser qu’il peut modeler le groupe à sa guise, pour le rendre plus « performant ». S’il écoute un produit fini, il ne peut y imprimer sa marque, il se retrouve frustré de son pouvoir ».
« Le premier album était naïf et innocent, « Intimacy » est bien plus agressif », poursuit Mark Long, « Bien sûr, pas au premier degré: il n’y a pas plus de bruits ou d’éjaculation de watts, mais cette fois, il y a encore plus de hargne, toutes ces frustrations que nous osons enfin exhiber. »
Opposition ne s’est jamais produit ailleurs qu’en France. Après une date en novembre à Bobino, ils s’en iront pour la première fois sur les routes d’Europe. Si j’étais journaliste à Sounds ou au NME, je crois qu’ils m’auraient déjà intrigué depuis longtemps. Mais les Anglais manquent parfois bougrement de curiosité, n’est-ce pas ? Finalement, Charisma, le famous label british de Genesis, coopte enfin « Intimacy » qui sort en Angleterre. Mais précisément, à ce moment-là, Charisma change de distributeur, passant de Phonogram à Virgin et l’album s’égare dans le triangle des Bermudes de l’inter-deal. Le 33 tours a un succès certain chez nous, mais faute de support c’est un flop total chez les Anglais. »
24 mois passent et, en 84, parait « Promises » sur Charisma, mais cette fois, à nouveau, la sortie coïncide précisément avec la vente de Charisma à Virgin et, à nouveau, Opposition sombre dans le continuum spatio-temporel du « no artist’s land ». Scoumoune au rosebeef, comme on dit ; cependant Mark, Marcus et Ralph continuent heureusement de séduire leurs fans camembert. Toujours dans BEST, je rédigeais dans le numéro 189, daté d’avril 1984, un article intitulé « Opposition de Sa Majesté :
« Sur la scène du Forum, en ce début Mars, Mark, Marcus et Ralph s’offrent deux dates sold-out, face à un public qui connait déjà par cœur les titres des deux LP précédents. L’énergie d’Opposition irradie la salle, comme un radieux coucher de soleil (…) Durant les sessions de « Promises », Opposition tourne sans cesse sur les scènes anglaises. « « Intimacy » s’est classé parmi les disques de l’année du Melody Maker », affirme Mark, « le gag, c’est qu’il n’était disponible à l’époque qu’en imports français. Ce qui est drôle avec les Anglais, c’est que pour eux nous sommes un nouveau groupe: certains nous prennent même pour des Français. » Le son n’a pas subi d’énorme mutation, même si la batterie de Ralph paraît plus en avant. Le changement se situe surtout au niveau des idées : si « Intimacy » était un album introverti, « Promises » au contraire parait totalement axé vers l’extérieur. « Quelqu’un nous a demandé aujourd’hui si Opposition c’était du rock, que répondre, sinon oui ? », conclut le chanteur, « Le langage rock s’est toujours situé à deux niveaux: le côté romance, love story et le message constructif. Nous vivons dans le South East London, alors notre hargne et notre volonté d'être positifs, nous les avons vraiment dans le ventre. Or, les seuls groupes qui survivent sont justement ceux qui ont quelque chose de fort à faire passer. U2, Simple Minds sont l’écho de toute une génération, pas la mode d‘une quinzaine. La vraie musique seule sait survivre. ».
“Empire Days”, le troisième LP sort millésimé 1985, énergétique en diable avec ses plages climatiques, comme le vibrant “Five Minutes” ou l’entêtant “First Suspect”, il est sans doute le plus abouti ; en tout cas, il compte parmi mes favoris. Comme sur les précédents, tous les textes sont signés Marc Long et, la musique, porte la griffe collective du groupe. Cependant, Opposition ne cadre pas au moule hypermode des « faiseurs de melody » et autres NME anglais. Sapé par l’indifférence répétée de ses concitoyens, le groupe se désintègre une première fois. Et, après un duo fugitif entre Marc et Marcus sous le pseudo de So, qui publie un single intitulé “Are You Sure” rentrè au top 40 US, le chanteur/ guitariste et le bassiste reforment leur groupe en 90, pour enregistrer l’intimiste “Blue Alice Blue”, capturé dans le même esprit que le premier album, et à nouveau orfévré par le fidèle Kenny Jones.
Enfin, il faudra attendre quatre années supplémentaires pour que 1994 voie la sortie du sixième volet des aventures d’Opposition, avec le CD “War Begins At Home”, produit par Marcus et toujours mixé par Kenny.  Avec son intro clin d’oeil aux Fab Four pour la légende, et ses climats reggae-blanc toujours sous-jacents, avec sa pop satinée façon new age ascensionnelle qui rencontre Peter Gabriel, Opposition avait toutes les couleurs d’un succès de longue date mérité, porté par son single évanescent, “Hold Me Tonight”, dont les séquences échappaient à l’attraction terrestre. Hélas, après l’enregistrement de ce “War Begins At Home”, le groupe se désintègre et cette fois c’est pour de bon.
Surtout, le brillant Marcus Bell est emporté le 9 décembre 2014 par une longue et douloureuse maladie. End of the story ? Pas exactement. Car Opposition, comme le Phénix, a toujours su, encore et encore, renaitre de ses cendres. Et dans tous les sens du terme, puisque VINGT-QUATRE ANS après, et toujours avec le fidèle Kenny Jones aux manettes, Opposition émerge avec un nouveau bassiste, Bernie Husbands, un nouvel album « Somewhere in Between » propulsé par l’intrépide « Mess You’ve Made » et voit ENFIN l’intégralité de son catalogue re-mastérisé et réédité, aussi bien en vinyle qu’en numérique- plus un album live absolument inédit-, prouvant que, décidément, Opposition
n’avait pas fini de faire entendre haut et fort sa voix.

Gérard BAR-DAVID

“Breaking The Silence” 1981
“Intimacy”  1982
“Promises”  1984
“Empire Days”  1985
“Blue Alice Blue”  1990
“War Begins At Home”  1994
« Somewhere in Between »  2018
« Live » 2018

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DISCOGRAPHIE

Somewhere in Between
8 juin 2018
Aztec Musique / [PIAS]

Promises
1984
Aztec Musique / [PIAS]

Intimacy
1982
Aztec Musique / [PIAS]

Breaking The Silence
1981
Aztec Musique / [PIAS]

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